Le patois savoyard

Auteur  
# 04/05/2009 à 11:53 Françoise
Petit Lexique de Patois

Le patois savoyard appartient à la famille du franco-provençal. Comme tout patois, il n'avait pas de forme écrite; de plus, il variait de village en village, et de vallée en vallée. C'est avec l'alphabétisation que l'on commence, au XIXe siècle, à étudier les patois savoyards: c'est cette même alphabétisation qui introduit la langue française courante qui finira par remplacer le patois au XXe siècle. Cependant, de nombreuses expressions de patois savoyard subsistent dans la langue courante, tout particulièrement dans les noms de lieux et dans la description de la vie rurale. Même avec la standardisation de la langue, de nombreuses variantes de ces expressions sont toujours utilisées et témoignent de la richesse des patois de Savoie.

LES LIEUX

Un coup d'oeil sur une carte de Savoie montre que les noms de lieux se répètent assez souvent. Le sens de ces noms, en patois, est souvent descriptif de l'endroit.

LA BALME, BALMETTE : Grotte
LE BOUCHET : Lieu garni de bosquets
LE CHOSAL : Maison en ruine
LA CHOUIA : Le chemin
LA COMBE : Vallée en flanc de montagne
LES CÔTES : terrains en pente à flanc de montagne
LES FINS : Bonnes terres
LE FONTANIL : endroit où se trouve une fontaine
LE FORON : torrent
LES ILES : un endroit isolé
LE MOLLARD : une grosse colline ronde
LE MOLLIER : endroit humide
LE NANT : ruisseau, petit torrent
LE PASSA-FRANC : le raccourci
LE PLAN : Lieu relativement plat
LES PLATIÈRES : les plateaux
LA PERRIÈRE : Lieu rempli de pierres
LES PRAZ : Les prés.
LES RAPINES : terrains en pente et peu aisés à travailler
LE RIVAL : Cours d’eau
LA SAISIE, LE SAIX, SAXONNEX, etc : la roche
LA SAUFFE, LA SAUVE : Lieu où se trouvait une sauve (maladière),ou hospice
LES TEPPES, LES TATTES : Terres en friche
LA TOUVIÈRE, LE THOVEY : Carrière de tuf
LE VILLARD : hameau

LES CHOSES

L'ABADÉE : remontrance, engueulade
L'ARCHE : huche pour la farine
LE BABU : épouvantail.
LA BARAUTE : brouette, anciennement un tombereau ( latin bi rota , deux roues )
LA BARAUTIÈRE : chemin à travers champ
LE BIDOYON : cidre
LE BILLON : tronc d'arbre scié par les deux bouts (du gaulois *bilio, arbre)
LA ou LE BIOLE : le bouleau
LE BISOLET : petit vent froid, courant d'air
LES BOUDÈRES : feu de la St Jean (à Conflans...) (cf. FÂILLE...)
LA BOSSE : tonneau de grande capacité
LA BOUVÉE : l'étable (dans le Beaufortain)
LE BRI : le berceau
LA BUGNE : crêpe frite préparée à la Chandeleur et à Pâques
LE CARCASSU : désigne un plat fendu
LA CASSE : louche pour prendre l'eau (cf. PÔCHE ...)
LE CERTOUX: la cave (dans le Beaufortain)
LA CHOPINE : picholette de vin. On dit aussi un «cinquième.»
LA COQUELLE : marmite en fonte
LE CORAILLON : trognon, coeur du chou et de la salade
LE COUÈCLE : couvercle (de marmite)
LES CROZETS : petites pâtes carrées, souvent au sarrasin
LA DAYE : le pin sylvestre
LA DÉSALPE : la descente du troupeau de l'alpage en fin de saison
LE DIOT : saucisse bien connue, généralement cuisinée au vin blanc
L'EMPLÂTRE : un coup qui laisse sur place
LES ÉQUEVILLES : déchets ou copeaux
L'ÉVEILLON : une gifle qui réveille
LA FÂILLE : feu de la Saint-Jean; du bas-latin favilla, la braise
LE FAITOUT : marmite à tout faire
LA FANFIOURNE : petite histoire sans intérêt; « Qu'est-ce qu'il peut en raconter,
des fanfiournes. »
LE FARTO : cellier, caveau pour les fruits, le fromage, le vin, les patates ...
LE FAYARD : le hêtre
LA FÉRA : poisson des lacs; s'appelle corégone ou lavaret dans d'autres régions.
LE FRUIT : production laitière (le fruit de la vache)
LA FRUITIÈRE : laiterie coopérative de village
LE GABION : petit chariot à bras
LES GAUDES : bouillie de maïs, ressemblant à la polente
LE GORLION : tronc de sapin avec ses racines
GOUILLE : creux rempli d'eau; « Ça pleut toujours dans les grandes gouilles »
(Proverbe qui signifie que l'argent va toujours à l'argent)
LA GOYARDE : petite hache
LE GRATTACUL : fruit de l'églantier
LA GROLLE : en Val d'Aoste, une coupe en bois, ressemblant à un chasuble, dans laquelle on sert du vin cuit: le mot viendrait du latin vulgaire *cratalem , lui-même issu du grec kratêra
LA GROLLE : en Savoie, coupe à multiples becs à laquelle on boit du vin cuit à tour de rôle
LA KINKERNE : la vielle à roue
LA LAUZE : tuile de pierre utilisée pour couvrir les toitures
LA LICHÉE : une petite quantité; on rajoute une lichée de vin au potage
LA LONGEOLLE : saucisse au cumin faite de tripes, chair et couenne de porc
LA MAJON : la cuisine (dans le Beaufortain)
LE MATAFAN : beignet épais à base de farine, d'oeufs et de lait
LA MOJON (MODZON) : la génisse
LA MANOUILLE : anse d'un pot ou d'une tasse
LE MOULE : mesure de volume de bois; varie selon la vallée
LA PANOSSE : serpillière
LE PÊLE : la chambre principale d'une maison (dans le Beaufortain); petite chambre chauffée par un poêle
LA PEUFFE, PEUFLE : poussière; «Quand tu balaies, c'que tu fais comme peufe!»
LE PLÉYON : torchon
LA PÔCHE : louche. se dit « le pochon » dans le pays de Gex
LE POIDS : balance; «Va chercher le poids pour peser le grain.»
LA POLENTE : semoule de maïs préparée dans un bouillon
LA RACINE : carotte. Ce dernier terme était quasiment inconnu au début du siècle.
LA RÂFE : la diarrhée
LES RAMEPOIS : rames, tuteurs pour pois et haricots
LES RAMIURES : rames, branches utilisées commes tuteurs pour soutenir pois et haricots.
LA RINCÉE : orage; « En revenant du marché, on a pris une de ces rincées! »
LA SAISIE, SAISIAZ : la roche; le Col des Saisies, Plateau des Saisies.
LA TARTIFLE : pomme de terre
LE TASSIN, TASSON, TACHON: le blaireau
LE TAVAILLON : planchette de bois utilisée pour les toitures
LE TOUPIN : pot en terre vernissée
LA TOUPINE : jarre en terre vernissée d'une contenance de huit à dix litres où l'on conservait le beurre fondu ou le saindoux
LA TOMBÉE : une très petite ration; « Tu viens boire la goutte? Je veux bien, mais juste une tombée. » On dit aussi un doigt, une larme
LES VAROSSES : hautes herbes des alpages
LA VERNE : l'aulne (du gaulois *verna )
LE VUARNE, VARGNE: sapin blanc ( du gaulois *varno )

LES GENS
LES BOËBES : marmots; « Elle s'en voit avec tous ses boëbes... »
LE BORNALU : désigne un homme au visage grêlé, comme par la petite vérole.
LE CACANIOLET : un homme tâtillon, lent, minutieux
LE DÉCAPADIOT : grande personne peu agile de ces membres (personne suffisament grande pour décaper (décrocher) les diots pendus au plafond des caves.)
LE DIAN-DIAN : un benêt
LE GAILLAFANT : désigne un jeune homme peu dégourdi
LE GAPIAN : un vaurien
LE GATION : gaté ou chéri pour un enfant
LE MAGNIN : étameur, réparateur d'ustensiles de cuisine, qui passait dans les maisons. Les enfants lui criaient; «Souffle, souffle, magnin, pour gagner ton pain.»
UNE NIOUGNE : une bonne à rien
UNE PANOSSE : une femme de mauvaise vie
LE RADICHON : un avare
LE RAPATIN : rapatouilleur. (une explication plus claire serait bienvenue).
LE RAPONDU : un homme très grand
LE SERRE-PATINS : un avare
LA SNIULE : personne qui se répète, qui traîne; « Cette femme, quelle sniule! »
LE TATU : désigne quelqu'un de borné. (têtu).

ADJECTIFS
AFFANÉ : Gagné à la sueur de son front; « Les sous qu'il a, il les a bien affanés. »
BROSSU : Décoiffé; « Tu aurais dû le voir ce matin: il était tout brossu. »
CAOUÉ : Crotté, mouillé; « J'ai été surpris par la pluie et je rentre tout caoué. »
ÉCHARBOTÉ : Décoiffé, dirigé dans tous les sens; « Ses cheveux étaient tout écharbotés. »
ÉDIOFÉ : Écrasé, coincé; « Les poires sont tout édiofées dans mon sac. »
GRÉMOTTU : Rugueux. « La peau des poires est toute grémottue cette année. »

EXPRESSIONS DIVERSES
ADIEU : Terme de salutation, bonjour. Se dit en rencontrant quelqu'un, et non pas, comme en français, au moment de prendre congé.
A'RVI, A'RVI PA : Au revoir. PA ou PÂ est une forme raccourcie de "n'est-ce pas" .
ARSOUlLLER : Mal recevoir, ou reprendre durement quelqu'un; « Je ne vais pas chez elle, car c'est juste bon pour se faire arsouiller. »
AU : Remplace souvent "chez" : « Il va au coiffeur, au docteur... »
BON ESTOMAC (avoir) : Se dit de quelqu'un qui chante fort. « Le Joseph, il a bon estomac. »
BOURRÉES (par) : Irrégulièrement; « Hier, on a eu du monde par bourrées. »
ÇA S'EST EU VU - Ce passé surcomposé signifie: « On a vu/connu autrefois... »
CE SOIR : Hier soir.
ÇA M'A BlEN FAIT DU BlEN. « Cela m'a fait grand bien .»
C'EST BIN TANT BON ! : « Cela est bien bon. »
C'EST SÛR ÇA ! : « Certainement! » A l'interrogatif , signifie « C'est bien vrai? »
CUBELLER : tomber
DÉMONTAGNER : descendre les vaches de l'alpage en fin d'été
DE BIZINGUE : de travers
DÉCROÎT : Atrophie d'un membre; « Mon frère a le décroit au bras gauche.»
DES FOIS : Employé improprement à la place de « parfois.»
DONNE-M'LE : « Donne-le moi. » Le patois ne distingue pas « moi » de «me.»
DONNER UNE POIGNÉE D'ÉLAN : Donner un coup pour faire bouger
DRÉ : tout droit
EMPRAILLER : Remettre en prairie. « J'ai empraillé mes champs d'en haut. »
ENCORE : Ce mot indique une certaine nuance, par exemple de regret; « Il parait que vous avez encore été malade? » , de joie: « Vous avez encore bonne mine! »
ÉPEUFER : Repousser violemment; « Je me suis fait épeufer. »
ÉTRAMER : Retirer; « Tu n'as pas étramé la viande et le chien l'a emportée. »
GÔGNES (faire des) : Faire des manières ridicules; « Arrête de faire des gôgnes, et sers-toi. »
LE GROS DU JOUR : La plus grande partie de la journée
MERCI À VOUS : Au lieu de « Je vous remercie. »
OCTANTE : Quatre-vingts; se disait dans le Genevois et les communes frontalières. On dit toujours huitante à Lausanne et en Valais.
OUISTER : Menacer avec une baguette.
PITALER : Marcher vite et beaucoup; « Qu'est-ce qu'il a à pitaler comme ça ce matin! »
REVIENS-Y ! : expression ironique, « Ne recommence pas! »
RIEN : Négation; «Oh, n'ayez pas peur du chien, il n'est rien méchant. »
RIEN QU'EN Y VOYANT J'Y VOIS : C'est évident
SACOGNER : Secouer brutalement.
SEULEMENT : Donc; «Faites seulement!» ou «Reprenez seulement du jambon!»
TANTÔT : Plus tard, cet après-midi, ce soir, demain; « J’te verrai c’tantôt. »
TOUCHER LA MAIN : Serrer la main.
TOUTES (les avoir) : Série d'ennuis. « Je les ai bien toutes eues cette année. »
UN : S’emploie couramment au lieu de « celui » ; « Un qui aurait su ça... »
VOIR : Employé comme adverbe, il apporte une nuance au verbe principal; « Dis voir un peu ce que tu penses de ça. » « Regarde voir si l'facteur est passé. »
VOULOIR : Exprime la possibilité, l'éventualité; « Ça veut pleuvoir c'tantôt »
Y : S’emploie à la place du pronom d’objet « le », « la », ou « les » ; « Ça, j’aime pas y faire. »

Vous pouvez retrouver plus d'informations sur l'Almanach du Vieux Savoyard.
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